1 – Fiche technique de l’ouvrage
Titre : L’enfant et le temps
Parution : 17/05/2024
Support : Album – 32 pages
Tranche d’âges : À partir de 5 ans

L’autrice : Marie Sellier
Diplômée de l’Institut d’Études Politiques de Paris, Marie Sellier a été journaliste pendant plusieurs années avant de se consacrer à l’écriture. Auteur d’une centaine de livres, pour la plupart destinés à la jeunesse, elle est également directrice de collection et scénariste. Elle a travaillé avec de grands artistes contemporains tels que Marion Lesage, Luc Gauthier, Nathalie Novi ou encore Diagne Chanel et écrit des documentaires sur des peintres et sculpteurs pour la télévision et le cinéma. À tant côtoyer les artistes, ses pas l’ont conduite jusqu’aux pinceaux d’Elsa Oriol…
Très engagée dans la défense des auteurs, de la littérature et du livre, elle a présidé successivement la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse et le Conseil Permanent des Écrivains avant d’être à la tête de la Société des Gens de Lettres de 2014 à 2019.
Marie Sellier est officier des Arts et des Lettres depuis juillet 2013 et a obtenu le grade de chevalier de la Légion d’honneur en juillet 2014.
L’illustratrice : Elsa Orio
L’artiste a travaillé plusieurs années dans le graphisme et l’architecture d’intérieur avant de se consacrer définitivement à la peinture et l’illustration.
Elle aime passer d’un univers à l’autre en plaçant l’émotion au cœur de son travail. Elle a publié de nombreux ouvrages aux Éditions Kaléidoscope et quelques-uns aux Éditions Utopique, mais a également illustré le conte Riquet pour les Éditions de L’Étagère du bas en 2018 puis l’album Un secret avec l’autrice Magdalena en 2021.
Elle considère que l’enfance et de l’illustration sont deux mondes qui « se complètent et s’harmonisent ».
Et, de projet en projet, Elsa Oriol avoue « s’émerveiller, toujours… ». Est-ce là, la magie qui rend son style si reconnaissable ?
Dialogue entre l’autrice et l’illustratrice :
L’éditeur : L’Étagère du bas
La maison avoue ne pas avoir d’autre ligne éditoriale que celle de ne publier que des albums, ceux-là mêmes qui offrent aux auteurs, illustrateurs comme aux éditeurs, un « espace de création » « infini » où « tout est à inventer ! ». Delphine Monteil, directrice de L’Étagères du bas, ajoute que les albums publiés « prennent réellement en considération les enfants en leur apportant quelque chose ». En effet, « un bon livre n’a pas d’âge et ne vieillit pas » et, puisqu’il est question de temps, ce bon livre, sans âge ni vieillesse, celui qui « traverse les générations et parle aussi bien aux enfants d’hier qu’à ceux d’aujourd’hui » lie finalement les hommes à l’échelle de l’Humanité.
Thématiques : temps, famille, inter-génération, cycle, enfance.
2 – Histoire et texte
« C’est quoi le temps ? se demande l’enfant ».
Quand l’enfant pose ces questions existentielles … Quand, dans les réponses, il trouve sa place parmi les siens. Quand, dans ces réponses, il découvre son appartenance au cycle de la vie.
Marie Sellier et Elsa Oriol expliquent le temps avec justesse et sagesse.
Les magnifiques illustrations tout en émotion et tendresse d’Elsa Oriol retranscrivent fidèlement les mots de l’autrice, ceux des parents et grands-parents, qui, par sa plume, réconfortent l’enfant.
Les focus en page gauche de l’illustratrice évoquant l’enfance des différents membres de la famille font autant référence aux souvenirs qu’à l’idée de cycle. Le rond du cadran du réveil rappelle le soleil dans sa course.
Marie Sellier et Elsa Oriol offrent un récit en boucle, comme un clin d’œil à ce temps qui passe et qui revient à la fois. Un temps immense, en début d’album, qui se refuse à dévoiler ses secrets à l’enfant, qui, seul face au cadran s’interroge. Un temps qui, de page en page, de partage en partage, se révèle à la fillette, qui, mains tenues par ses proches, en fin d’album, face au soleil, comprend que le temps c’est avant, c’est après, c’est aussi maintenant. La fillette comprend que le temps est un tout, une nécessaire unité, un équilibre rassurant.
4 – Conclusion
L’album est un support privilégié à l’appropriation de la notion du temps, sous tous ses aspects.
Pour exprimer l’aspect matériel, l’album évoque le temps par le biais d’un réveil. Cet objet invite à penser le temps et à découvrir les instruments qui le mesurent et font comprendre ce que le temps « a » effectivement « dans le ventre ».
https://eculturel.ac-normandie.fr/IMG/pdf/livret_pedagogique_2020.pdf
Ces instruments et façons de mesurer le temps donnent, eux, l’occasion d’évoquer la perception qu’on en a : le temps objectif et mesurable qui passe toujours à la même vitesse contrairement au temps subjectif qui, lui, semble passer plus ou moins vite selon la situation.
C’est donc une thématique qui permet d’aborder visuellement la notion d’ordre et de succession, par le biais d’une frise, mais aussi verbalement en enrichissant le lexique des enfants en fonction de leur âge (hier, aujourd’hui, demain, avant, après, jadis, dans des temps très anciens, l’avant-veille, le lendemain, puis, depuis ce jour, etc.).
L’album se prête à une prise de conscience de la notion de cycle et d’irréversibilité. En effet, à travers l’évocation de l’enfance des parents et grands-parents de l’héroïne, il permet d’interroger la notion d’âge (on est plus âgé aujourd’hui qu’hier et plus jeune que demain). L’album fait découvrir aux jeunes lecteurs la notion de cycle de vie commune à tous les êtres vivants (naissance, croissance, vieillissement et mort). Ce cycle peut aussi être appréhendé par le biais de la description de la vie végétale ou animale.
Enfin, l’expression « le temps, c’est moi ! » reprise par chaque membre de la famille, intégrant l’enfant en fin d’album (« toi aussi, tu es le temps ») offre l’opportunité d’une réflexion sur le sentiment d’appartenance et sur la relation intergénérationnelle pouvant donner lieu à la réalisation d’un arbre généalogique, qui au-delà de la mémoire familiale peut s’inscrire dans une mémoire plus collective à l’échelle de l’Histoire humaine.
Caroline GERE, stagiaire à l’Institut International Charles Perrault