Les Étincelles invisibles

Autrice : Elle McNicoll

L’École des loisirs

Parution : 15 septembre 2021

Traduit de l’anglais par Dominique Kugler

Roman – de 11 à 13 ans – 207 pages

Mot clés : autisme – féminisme – sorcières – mémoire – tolérance – acceptation – sororité

Résumé de l’éditeur :

« Addie est autiste. Lorsqu’elle apprend en cours d’histoire que sa petite ville de Juniper a persécuté, torturé et exécuté au Moyen Âge des dizaines de sorcières, elle est bouleversée. Ces femmes accusées de sorcelleries n’étaient-elles pas autistes ou neuroatypiques comme elle ? Victime de brimades en classe, Addie se sent particulièrement concernée par leur sort. Elle décide de mener campagne pour que la ville de Juniper rende hommage à ces sorcières injustement traitées. »

Les Étincelles invisibles est le premier roman d’Elle McNicoll, jeune autrice écossaise, publié pour la première fois en 2020. Il a déjà remporté plusieurs prix au Royaume-Uni. A travers cet ouvrage, tout comme son second roman paru en 2020, elle se positionne en faveur de la représentation des personnes qu’elle nomme « neuroatypiques » dans la littérature, de manière inspirante. Le réalisme de ce roman vient sans doute du fait que l’autrice est elle-même autiste. En effet, le roman  met en scène Addie, adolescente autiste. Le lecteur suit l’héroïne dans sa campagne où elle souhaite installer un monument en mémoire des sorcières exécutées dans sa ville de Juniper. Elle va se battre pour cette cause qui lui tient à cœur.

Toutefois, sa vie n’est pas rose et elle souffre à l’école de harcèlement de la part des élèves comme de sa professeure. L’injustice qu’elle subit est frappante. Le roman est écrit à la première personne, ce qui fait que nous éprouvons ses émotions au même titre qu’elle. Ce mode de focalisation, du point de vue d’Addie, nous permet d’entrer dans ses pensées et nous la rend très attachante. De manière générale c’est un roman très touchant, certainement du fait de la sincérité de l’écriture. Nous pouvons deviner en transparence le vécu de l’autrice. Nous sommes très rapidement emportés avec Addie dont il est difficile de se détacher avant la dernière page.

La situation est d’autant plus dramatique que son entourage, bien que très bienveillant, ne remarque pas immédiatement sa souffrance. Ce roman comporte une histoire forte d’amitié et de relations familiales. Keedie, une des grandes sœurs d’Addie, est également autiste. Elles ont, de ce fait, construit un lien très fort qui leur permet de se reposer l’une sur l’autre dans le monde extérieur quand le celui-ci s’avère trop difficile à supporter. Cela permet aussi à Addie d’avoir un modèle et une personne vers qui se tourner qui peut lui expliquer ses réactions et comment “faire le caméléon”.

Au-delà de l’autisme qui en est le sujet principal, cet ouvrage est également l’histoire d’une adolescente qui se bat pour son projet face à des adultes peu disposés à l’écouter. À travers son combat pour faire construire un Mémorial pour les sorcières, il s’agit pour Addie d’arriver à faire entendre sa voix. Dans une scène du roman, Addie s’exprime face au conseil municipal et son autisme est alors utilisé comme argument pour invalider ses propos. En réalité, de nombreuses adolescent·e·s ont pu connaître des situations similaires face à des publics qui ne les considèrent pas.

Les Étincelles invisibles se positionne ainsi comme ouvrage féministe et ouvre la discussion sur la responsabilité des événements passés. Le projet d’Addie est de rendre hommage aux sorcières de la ville de Juniper, qui ont été mises en marge de la société au cours de l’Histoire, à travers un Mémorial. En découvrant leur existence par hasard, elle s’identifie immédiatement à ces femmes qui ont longtemps été détestées du fait de leur différence. Dans ce roman et de manière plus large dans la littérature, la sorcière devient aujourd’hui une icône féministe et se détache complètement de l’image de créature maléfique qu’elle avait. La sorcière peut désormais être vue comme une allégorie de la sororité. Par exemple, la collection féministe des Editions Cambourakis est intitulée « Sorcières », ce qui témoigne du changement de perception de ces personnages.

En définitive, ce roman est un grand pas vers la diversité des représentations dans la littérature jeunesse. Il est très agréable à lire et amène le lecteur à une réflexion approfondie sur des sujets aussi variés que la tolérance, les relations amicales et familiales,  la sororité…

Le roman sera prochainement adapté à la télévision, adaptation qui s’annonce prometteuse. Nous attendons également avec impatience la traduction du deuxième roman d’Elle McNicoll, Show us who you are, qui met, lui aussi, en scène des personnages « neuroatypiques ».

Juliette Cayrel

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