Mon Ariel à moi

Autrices : Aliyah et Susie Morgenstern  

Illustrateur : Louis Thomas  

Date de sortie : Septembre 2024  

Tranche d’âge : 3 à 7 ans 

Nombre de pages : 52 pages 

Mots clés : Amitié, imagination, bienveillance, confiance 

Mon Ariel à moi est un album jeunesse écrit par Aliyah et Susie Morgenstern et  illustré par Louis Thomas. Publié en septembre 2024, cet album explore la thématique de l’ami imaginaire à travers le personnage d’Ariel, une ombre fluide et non genrée qui accompagne un enfant confronté à ses peurs et à sa solitude.  

Ce livre invite les jeunes lecteurs à comprendre l’importance de l’imaginaire pour  surmonter des difficultés émotionnelles et sociales. Ariel incarne une force rassurante et bienveillante, aidant le protagoniste à gagner en confiance et à appréhender l’amitié réelle avec sérénité.  

Le message universel souligne que la solitude peut être une étape temporaire et constructive chez l’enfant.  

Les dessins de Louis Thomas enrichissent l’album avec leur palette délicate et leur  représentation poétique d’Ariel. Cette figure mystérieuse, tantôt amusante, tantôt  émouvante, est conçue pour s’adapter aux émotions du héros. Les doubles pages dynamiques permettent une immersion dans l’imaginaire de l’enfant, tout en équilibrant humour et tendresse. Ce qui rend cet album si unique, c’est la  présence des pages de calques associant Ariel à la solitude de la petite fille. 

La plume de Susie et Aliyah Morgenstern est fluide et accessible, parfaite pour le  jeune public. Avec une narration simple mais très émotive, les deux artistes parviennent à  aborder des sujets complexes comme la peur, la confiance et la transition entre imaginaire et réalité. Les dialogues et réflexions invitent les enfants à s’identifier  aux personnages tout en les orientant dans leurs propres questionnements. 

Ce livre est une ode à l’imagination et à la résilience. Il propose un cheminement  subtil vers l’apprentissage de l’amitié. Il séduira les enfants par son histoire  rassurante et ses illustrations captivantes et les parents, par son message  encourageant et intemporel. C’est un bel outil pour aborder les sentiments avec les plus  jeunes.

Cependant, il est nécessaire de mentionner l’apparition du pronom « iel » dans  l’album : ce pronom personnel neutre est utilisé pour désigner une personne sans  indiquer explicitement son genre. C’est une contraction des pronoms « il » et  « elle » et s’emploie souvent pour inclure les personnes qui ne se reconnaissent pas dans le genre masculin ou féminin. L’ombre s’appelle Ariel : le pronom neutre y apparait déjà. Il est aussi utilisé tout au long du livre. 

Voici à mon humble avis, les points positifs et négatifs de l’utilisation du pronom  « iel » dans cet album jeunesse.  

Il faut tout d’abord admettre que l’usage du « iel » dans un album jeunesse montre  une volonté de promouvoir l’inclusivité et de sensibiliser les jeunes lecteurs à la  diversité des identités de genre. Cela reflète une démarche culturelle et langagière qui s’inscrit dans l’esprit de l’époque. L’usage du « iel » peut aussi initier les enfants à des idées nouvelles et ouvrir des discussions sur le genre, ce qui peut être bénéfique pour des jeunes exposés à ces thématiques. 

Cependant, en introduisant un pronom aussi récent et encore marginalisé dans l’usage courant, les autrices prennent le risque de désorienter une partie du public,  en particulier les parents ou enseignants qui pourraient ne pas comprendre ce choix ou le trouver inadapté dans un album destiné aux enfants. 

Sur le plan linguistique, les enfants en phase d’apprentissage du français risquent  d’être confus par l’introduction d’un pronom non répertorié et encore peu utilisé à l’oral.  Cela peut compliquer leur compréhension des règles grammaticales de base et  créer des confusions.

De plus, je trouve que les autrices n’ont pas donné assez de contexte à l’utilisation  de ce pronom : l’album n’explique pas clairement pourquoi « iel » ; il n’est pas utilisé dans la narration où son emploi pourrait faire sens (par exemple, un  personnage non binaire). C’est pourquoi son emploi peut sembler artificiel.

Cela pourrait nuire à l’immersion dans l’histoire ou susciter des malentendus, car c’est l’ombre qui est caractérisée comme « iel » dans cet album et non pas un  humain. Il peut donc y avoir une confusion entre l’imaginaire et le réel dans ce contexte ambigu. 

Il y a une question que je me pose : Que diront certains parents lorsque leur enfant  leur demandera ce que signifie le mot « iel » ?

Il est essentiel de tenir compte du milieu social et des convictions culturelles des parents car leurs réactions seront fortement influencées par ces facteurs.

Certains ne sauront même pas ce que signifie ce pronom, d’autres ne voudront pas  répondre par peur du tabou tandis que d’autres pourront s’opposer à cette idée. Faire le choix d’employer ce pronom  dans un album jeunesse serait donc risquer la confusion chez l’enfant, parce qu’il n’a pas encore les outils nécessaires pour comprendre par lui-même ce que cela signifie.  

Utiliser le « iel » dans un album destiné aux enfants sans leur expliquer d’où vient  ce pronom, c’est les laisser seuls face aux opinions personnelles des adultes.

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