En lisant « Écrire comme une abeille » de Clémentine Beauvais

 L’ouvrage de Clémentine Beauvais intitulé Écrire comme une abeille. La littérature jeunesse de la lecture à l’écriture, paru chez Gallimard jeunesse en 2023, appartient à la section encore mal identifiée en France, contrairement aux pays anglo-saxons, des guides pour écriture. Mais elle le dit elle-même en ouverture de son ouvrage : les choses changent ! Et la question de l’élaboration d’un livre, de la première idée au re-travail consciencieux, éventuellement épaulé par un éditeur attentif, répond à une évidente actualité, non tant éditoriale que lectorale. Elle est en phase avec l’appétence d’un grand nombre d’amateurs de littérature, appuyée par le développement exponentiel des ateliers  et le succès des formations universitaires en écriture créative. Ce gros ouvrage de 447 pages a tout de suite retenu l’attention des membres de notre équipe, puisque la question de l’écriture et de l’aide à la création est depuis quelques années au centre de l’Institut, en convention de partenariat avec les formations en écriture créative et en littérature de jeunesse de Cergy Paris Université. Or la spécialisation en littérature jeunesse est peu fréquente dans les guides pour apprentis auteurs et l’appui sur la littérature francophone encore moins habituel.

La métaphore de l’abeille que l’autrice explique avoir emprunté à Philip Pullman est filée avec adresse tout au long de l’ouvrage qui aiguise la curiosité par des questions piquantes et accepte le butinage de la lecture. On connaît la vivacité de style de Clémentine Beauvais qui s’appuie amplement sur son expérience d’autrice jeunesse. L’humour est toujours là, l’anecdote savoureuse, le dialogue encanaillé. Rien de rébarbatif ou de pesamment didactique dans la manière d’orienter l’apprenti écrivain. Clémentine Beauvais sait finement amener les savoirs sur l’art d’entrer en écriture et de mener jusqu’au bout un projet de livre jeunesse avec beaucoup de décontraction et de plaisir.

Pour autant, le sérieux de la démarche est rapidement souligné : le guide se donne pour objectif d’aborder les points névralgiques de la composition d’une histoire, de la construction du personnage, de l’équilibre du style, en proposant quelques essais pratiques et l’appui réfléchi sur des notions de théories littéraires. Quelques principes, solidement ancrés sur des convictions de praticienne, de formatrice et de chercheuse, sont clairement posés : la nécessité de lire de la littérature de jeunesse si l’on veut en écrire, l’importance à accorder aux caractéristiques qui la définissent, la sincérité de l’adresse aux enfants, la reconnaissance du travail éditorial, le caractère impératif du retravail. Les exemples abondent, les renvois vers des sites et des ouvrages, les incitations à l’expérimentation et à la prise de contact, les dialogues fictionnels également, qui donnent l’impression de suivre un atelier d’écriture interactif !

Évidemment, le genre paralittéraire des « conseils au jeune auteur » ne saurait se suffire à lui-même sans le vif de l’expérience, dirait John Dewey. Et sans doute peut-on discuter avec la chercheuse le point d’aboutissement d’une approche critique qui n’ose pas encore affirmer l’écriture comme point de départ de l’enquête littéraire (de l’écriture à la lecture, et non l’inverse). Mais ceci sera pour les prolongements d’une histoire qui est désormais bien entamée dans la recherche française et que l’Institut Perrault a à cœur de suivre de près.

AMarie Petitjean

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