Hommages à Serge Martin

In memorandum

Serge nous a quitté brutalement samedi 17 février.

Le souvenir que nous en avons est celui d’un chercheur engagé, exigeant, au regard pétillant, au sourire bienveillant.

Un littéraire, au vrai sens du terme. Celui pour lequel la poésie n’avait pas de prix. Un chercheur qui croyait aux vertus du langage, dans son feuilleté sonore, dans sa dimension citoyenne et de transmission.

Serge aimait la littérature de jeunesse, comme le montre son essai Quelle littérature de jeunesse ? co-écrit avec Marie-Claire, publié chez Klinsieck en 2009. Non pas sa mièvrerie ou sa simplicité béate, non, la littérature de jeunesse qui éduque, qui accompagne, qui donne à voir à l’enfant les premiers possibles offerts par le monde.

En 2010 parut sur Galaxie ma fiche de poste pour le poste de maître de conférences en langue et littérature françaises à Alençon. Immédiatement j’ai su y reconnaître ta patte dans la rédaction de celle-ci : didactique de la littérature, littérature de jeunesse et également cinéma et théâtre pour la jeunesse. J’y trouvais ce goût pour l’interdisciplinarité et l’intermédialité.

J’avais le même parcours que toi, ancienne institutrice devenue maitresse de conférences en passant par le collège et le lycée. Cela forge un homme. Cela forge une femme.

Bien qu’éloignée sur un centre distant, tu m’avais invitée à intervenir sur la littérature de voyage et la littérature de jeunesse d’immigration, qui était mon sujet de recherches, dans ton séminaire du Master 1er degré, Pratiques artistiques et Histoire des arts (2010) que tu avais co-construit avec Marie-Laure Guégan et qui fonctionnait très bien, séminaire qui a perduré après ton départ pour Paris Sorbonne nouvelle 3, en 2013 et qui trouve des résonances dans celui que j’ai créé cette année avec Marie-Laure Guégan et Marlène Fraterno : « Monstres et cie » qui est aussi un séminaire croisé entre art, littérature, et littérature de jeunesse.

C’est ton héritage, Serge.

Et sans doute aussi ta filiation dans mon poste de directrice adjointe chargée de la recherche aujourd’hui à l’INSPE de Caen car tu nous a appris à faire de la recherche, Serge !

J’ai aimé aussi tes sujets d’examen qui étaient toujours centrés sur la littérature de jeunesse. L’un d’eux sur Léo Lionni m’avait particulièrement plu car il prenait en compte l’interprétation conjointe de l’image et du texte. Ce jour-là, je me suis dit qu’un banal sujet pouvait devenir un programme littéraire à lui tout seul.

Mais c’est surtout grâce à des colloques que nous nous voyions, avec Marie-Claire. Je me souviens d’un colloque à Strasbourg où nous étions particulièrement heureux de nous revoir. Vous aviez aimé l’Alsace et les Vosges et cela me plaisait.

Mercredi 21 février 2024, lors de la journée d’études à Saint-Lô sur l’approche du sensible, nous avons rendu hommage à Serge. Nathalie Rannou a présenté le poème de Desnos « La voix » (1944) qui fait préambule de son article : « Une poétique et une didactique d’une relation de voix, enjeux et perspectives pour l’enseignement et la recherche » et c’était magique, tu étais là au milieu de nous. Cette question du sensible, de la relation, de « l’impératif de la voix » était en effet au cœur de ta réflexion.

Tu avais ouvert par une conférence inaugurale le colloque des 18 èmes rencontres des chercheurs en didactique de la littérature que j’avais co-organisé à Caen avec Magali en 2017, et qui s’appelait : « Littérature de l’altérité, altérités de la littérature : moi, nous, les autres, le monde ». Le titre de ta communication résumait à lui seul tout ton programme de recherches, de vie et de travail : « Identités, altérité : des relations de voix en littérature pour vivre langage et faire société ». C’était magistral, vibrant et tout entier rattaché à Charles Pennequin dans l’enjeu du corps-langage.

Tu étais un des rares chercheurs à travailler sur Tomi Ungerer. J’ai été très contente de t’envoyer Sun Kim Neyo, mon amie strasbourgeoise pour une thèse sur le racontage chez Ungerer. Cela l’a sauvée de travailler avec toi.

Et puis, il y a eu toutes ces journées que tu as impulsées à l’ESPE autour du carnet : « Carnets de dessin, de lecture, de recherche…Manières de faire, manières de penser pour l’enseignement et la recherche », pour 2012/ 2013 et qui se sont prolongées par la suite.

Il y eut aussi la journée organisée sur et en présence de François Place qui donna lieu à une très belle publication : Ici et Ailleurs avec Jean-François Place, Col. Résonance générale-Essais pour la poétique, éd. L’Atelier du Grand Tétras, 2012.

Ton engagement pour le carnet collaboratif numérique que tu avais lancé et nourri jusqu’en 2018, l’ARLAP, montrait que tu étais un chercheur investi, soucieux de donner une vraie place à tes étudiants et étudiantes.

Enfin, je finirais mon racontage par le souvenir commun que j’ai de Jean Perrot et de toi, tous les deux unis dans ma pensée aujourd’hui.

Décédés tous les deux cet hiver, amis, complices, un brin espiègles tous les deux, vous vous étiez rejoints dans l’amitié de vos couples : Annie et Jean, Marie-Claire et Serge, fondée sur le partage de vos passions communes, la littérature de jeunesse. Le modèle que vous incarniez était en tous points semblable à celui de mes parents. Il représente aussi une époque, faite d’abnégation, d’admiration, d’efforts et de sacrifices où la littérature occupait toute la vie.

Vos trajectoires communes d’intellectuels qui ont donné leurs lettres de noblesse à la littérature de jeunesse l’inscrivant dans les enseignements de l’université nous rendent à la fois orphelins de nos maîtres, mais également inscrits dans leur héritage et dépositaires de leur mémoire.

A vous, Serge, Jean, mon amitié fidèle et reconnaissante.

écrit le 22 février 2024, à Caen

Anne Schneider


L’hommage des collègues de l’INSPE de Caen

Serge nous a quitté brutalement samedi 17 février.

Le souvenir que nous en avons est celui d’un chercheur engagé pour la formation des enseignants, exigent, au regard pétillant, au sourire bienveillant.

Serge était Professeur en langue et littérature françaises, spécialiste de poésie, de langue et de langages, de littérature en particulier de littérature de jeunesse.

Il a contribué à animer de 2008 à 2013 la recherche, au cœur de ce qui était à l’époque, l’ESPE. Son séminaire du Master 1er degré, « Pratiques artistiques et Histoire des arts » (2010) co-construit avec Marie-Laure Guégan, avec la participation de Dominique Lefebvre et Magali Jeannin, était foisonnant, créatif et vivant, formé de croisements, au cœur de la question de l’intermédialité.

Mercredi 21 février 2024, lors de la journée d’études à Saint-Lô sur l’approche du sensible, nous avons rendu hommage à Serge. Nathalie Rannou a présenté le poème de Desnos « La voix » (1944) qui fait préambule de son article : « Une poétique et une didactique d’une relation de voix, enjeux et perspectives pour l’enseignement et la recherche ». Cette question du sensible, de la relation, de « l’impératif de la voix » était en effet au cœur de sa réflexion.

Jean-François Thémines, Anne-Laure Le Guern, Elise Ouvrard, Anne Schneider se souviennent des journées qu’il a impulsées à l’ESPE autour du carnet : « Carnets de dessin, de lecture, de recherche…Manières de faire, manières de penser pour l’enseignement et la recherche », pour 2012/ 2013 et qui se sont prolongées par la suite. Le 19 décembre 2012, avec Depardon, Ettore Labatte et Axelle Rioult sur les migrants à Lampedusa : l’engagement politique en art, le 6 février 2013, le 6 mars 2013.

Il y eut aussi la journée organisée sur et en présence de François Place qui donna lieu à une très belle publication : Ici et Ailleurs avec Jean-François Place, Col. Résonance générale-Essais pour la poétique, éd. L’Atelier du Grand Tétras, 2012.

Son engagement pour le carnet collaboratif numérique qu’il avait lancé et nourri jusqu’en 2018, l’ARLAP, montrait que le chercheur investi, soucieux de donner une vraie place aux étudiants et étudiantes. https://arlap.hypotheses.org/author/arlap

Nous reproduisons ici un extrait de souvenirs personnels d’Anne-Laure Le Guern et Jean-François Thémines qui rejoignent tous ceux que nous avons de lui :

« Pont-Lévêque, c’est au printemps, il fait beau. Nous sommes venus écouter Serge Ritman

C’est ton nom d’auteur

Nous sommes aux Dominicaines.

Achat de petits livres pour enfants

Car tu as fait connaître la littérature jeunesse

Mais tu en as aussi écrit.

Avec toi, Serge, nous avons appris à valoriser le travail de recherche de nos étudiants et de nos étudiantes, à les faire pleinement participer aux journées d’études, à leur donner une place en tribune.

Nous avons appris aussi qu’il était possible de faire travailler ensemble des gens très différents, à savoir ne pas être d’accord non plus, mais sans animosité, à apprendre à connaître et à travailler ensemble, à faire en sorte que les labos de recherche – le LASLAR en particulier, évidemment – soit présent aux journées d’études ; je me souviens de Brigitte Diaz venue dans ce qui est devenu la salle ER 221 à l’INSPE.

Qu’il était possible de faire alliance aussi, d’aller travailler ailleurs, de faire séminaire dans d’autres lieux, à l’IMEC en particulier

Qu’on pouvait écouter Raymond Depardon parler de la douleur

Texte-image, voix…, relation, racontages

Qu’il y a des poètes sonores… »

Le 22 février 2024

Les collègues de l’INSPE de CAEN

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