Edmond Rostand
Bruno Gibert
1 – Fiche technique de l’ouvrage
Titre : La Tirade du Nez
Parution : 02/11/2023
Support : Album – 32 pages
Tranche d’âges : À partir de 8 ans
L’Illustrateur :
Bruno Gibert a suivi des cours de l’École d’Arts appliqués Duperré. Il a commencé en tant que directeur artistique pour la publicité avant de se consacrer à l’illustration et à l’écriture de textes pour enfants. Il a publié une vingtaine d’ouvrages, dont La vie secrète des monstres (Palette), Grand manuel de récréation, la célèbre Petite fabrique à histoires et Choses qui font peur (Éditions Autrement Jeunesse), Le Petit Gibert illustré (Éditions Albin Michel) pour lesquels il a obtenu respectivement les Prix de la ville de Marseille en 2007 et le Coup de cœur du salon du Livre pour la jeunesse de Montreuil en 2010. Il a également écrit des romans pour adultes (Stock et Léo Scheer). Il vit et travaille à Paris. Humble et précis, il préfère se définir comme « un faiseur de livres » plutôt qu’un illustrateur.
« Je me suis toujours intéressé à l’illustration et Tomi Ungerer, Arnold Lobel ou encore Maurice Sendak sont mes modèles d’artistes. Je viens de l’univers de la publicité dans lequel j’ai travaillé quelques années après avoir suivi des études d’Arts appliqués. De cette expérience, j’ai gardé cet aspect graphique rappelant le papier découpé. J’aime les images fortes et je travaille mes illustrations un peu comme des affiches ».
Entre jeux de mots, de sons, de formes ou de couleurs, il s’impose par son éclectisme et sa malice dans l’univers littéraire.
Éditeur : Grasset Jeunesse
« La Collection » : « La Collection » des éditions Grasset repose sur deux principes : l’un littéraire, l’autre graphique.
Le principe littéraire consiste à puiser dans le patrimoine littéraire -passé et présent- des textes adaptés aux jeunes lecteurs, puis de les mettre en images en faisant appel à des illustrateurs contemporains, qui leur apportent leur vision et leur donnent un visage neuf. « La Collection » veut offrir une porte d’entrée aux plus jeunes à l’univers de la littérature ; montrer qu’elle résonne encore aujourd’hui, qu’elle peut nous toucher, nous faire rire, nous interroger, nous inspirer.
Le principe graphique repose sur un jeu et une contrainte proposés aux illustrateurs : un temps très court (une journée) pour poser leur regard sur ces textes et réaliser des images avec une palette limitée à trois ou quatre couleurs. Cet exercice de rapidité permet une vivacité de réaction qui oblige à trouver la bonne idée et l’image juste, un peu à la manière d’un dessin de Presse.
Thématiques : Tirade, nez, difformité, éloquence, sottise, autodérision.
2 – L’histoire
Ah ! non !
c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu !… bien des choses en somme…
Agressif, amical, descriptif ou curieux…
L’album publie le texte intégral de la célèbre tirade.
Rafraîchie, modernisée, magnifiée par Bruno Gibert, qui met en scène et en images un nez truculent.
Cet hymne à l’acceptation de soi qui condamne le jugement physique et l’ignorance intellectuelle résonne autant à notre époque qu’à celle d’Edmond Rostand. L’album permet un “dialogue entre textes d’hier et images d’aujourd’hui”.
3 – Le texte : dialogue entre texte et images
Des illustrations dynamiques aux grands aplats de quatre couleurs vives : le rouge, le bleu, le noir et le blanc, un design résolument moderne, un dessin épuré où le Nez, personnage principal, apparaît dans toute sa gigantesque splendeur.
Bruno Gibert met en images la fameuse tirade dans onze saynètes allant de la vie quotidienne à l’assaut d’une tour en passant par le suicide du Nez jusqu’à la mise à mort de la Sottise sous les applaudissements du public et invite le lecteur-spectateur à une véritable scène de théâtre dans le théâtre.
Seul en scène, le pittoresque acteur improvise plusieurs personnages : variant rôles et tons à chaque page.
Tour à tour, curieux, gracieux, tendre, pédant, dramatique, emphatique militaire ou admiratif, cet improbable Nez monopolise scène et parole et déploie un jeu qui ne varie finalement que par le ton car ses répliques veulent toutes dire la même chose : « Votre Nez est très grand ». Aussi ce message répété ne vise-t-il qu’à montrer à son interlocuteur réduit au silence et totalement exclu de la scène, combien il aurait pu être plus inventif et percutant pour se moquer de son nez.
Le lecteur-spectateur emporté, amusé ne peut qu’admirer ce Nez qui manie aussi bien l’éloquence que l’ironie et applaudir plus encore, l’autodérision qui humanise et anoblit son interprète.
D’autres mots d’hier en images d’aujourd’hui :
Pour « emmener » les enfants « vers les classiques » (Marie-Aude Murail)
[…] « vers » la philosophie et le stoïcisme […] « vers » l’univers tendre et loufoque de Boris Vian
Cyrano adapté par d’autres
D’Edmond Rostand à Nicolas Gogol ou l’adaptation d’un autre Nez célèbre
4 – Conclusion
Bruno Gibert offre un album qui permet de sensibiliser les plus jeunes à la lecture d’images pour accéder au texte.
La lecture parallèle des vers peut être l’occasion d’un travail sur le lexique dont la mise en images facilite la compréhension. Cela permet au jeune lecteur de goûter pleinement l’humour de la tirade et d’apprécier les qualités de son héros.
La tirade peut également être à l’origine d’un travail d’interprétation pour donner vie et « âme » au texte. Et, au-delà du seul jeu scénique, ce travail permettra d’explorer avec les jeunes lecteurs une large palette d’émotions.
Il y a cependant un registre qui demeure implicite dans l’album, mais dont on sent la présence à chaque scène : c’est l’ironie. Les variations de ton visent à ridiculiser celui qui porte un nez si difforme. On voit ainsi le Nez qui excelle à se moquer lui-même de cet appendice dont la nature l’a affublé, suscitant ainsi autant l’amusement que la sympathie.
D’empathie en admiration pour ce Nez lyrique, le jeune lecteur est convié à méditer une leçon d’éloquence qui renverse la faiblesse en force. Le Nez moqué devient un modèle incarnant les valeurs de tolérance et de respect.
L’album peut en ce sens servir de support à un exercice de réécriture à partir d’un autre défaut physique : le fait d’avoir de grands pieds, de grandes oreilles ou encore une bouche tordue.
Stagiaire à l’Institut International Charles Perrault
