Jean Perrot nous a quitté le 19 décembre 2023. Infatigable et brillant chercheur en littérature de jeunesse, il a exercé à l’université Paris 13 et a fondé en 1994 l’Institut International Charles Perrault situé à l’Hôtel de Mézières à Eaubonne. Lieu de diffusion et de promotion de la littérature de jeunesse, l’Institut International Charles Perrault devint une ruche réunissant auteurs et autrices, illustrateurs et illustratrices, étudiants et étudiantes, jeunes et moins jeunes chercheurs et chercheuses.
La convivialité qu’il mettait dans ce lieu, la bienveillance et le soutien qu’il accordait à toutes et à tous, le passionnant partage d’expériences et de lectures qu’il institua résume toute l’âme de l’Institut. Il fit de l’Institut International Charles Perrault un lieu unique, passerelle entre le monde universitaire et le monde associatif chargé de la promotion de la lecture.
Les hommages affluent également de par le monde : Japon, Angleterre, Maroc, Algérie, Etats-Unis, Portugal, Allemagne, Grèce, Espagne … car Jean avait donné à l’Institut le qualificatif d’international. Nous poursuivrons son oeuvre grâce au soutien de la ville d’Eaubonne, dans cette transmission qui lui tenait tant à coeur !
L’équipe de l’Institut International Charles Perrault
Le témoignage de Christine Plu sur le rôle de passeur tenu tout au long de sa vie par Jean Perrot
« … Car avec Jean Perrot, la transmission ne s’arrêtait pas aux cours à l’université mais elle se prolongeait dans d’autres temps d’échanges, d’ateliers d’écriture, de lecture critique ou de réunions autour de la création de l’Institut Charles Perrault qui s’installait à l’Hôtel de Mézières à Eaubonne. »
Le témoignage de Christine Plu est à retrouver sur son blog : « La littérature de jeunesse avec ses images », à la page : « Jean Perrot, un passeur de littérature que j’ai eu la chance de croiser en chemin« .

Georges Lemoine et Jean Perrot, Rennes en novembre 2005.
Photographie de Christine Plu
Le témoignage de Danièle Henky
Hommage au Professeur Jean Perrot
Le Pr Jean Perrot était non seulement un érudit et un chercheur d’envergure mais c’était aussi un humaniste et un homme de cœur.
Membre de mon jury de thèse, il a toujours eu soin, ensuite, de m’encourager dans mes travaux, a su trouver les mots pour que je ne cède jamais au découragement qui guette tous ceux qui s’engagent sur des chemins ardus et perdent parfois de vue le but à atteindre dans la forêt des signes qui les environnent. Ses livres, ses articles, ses communications en colloque m’ont été des guides précieux. Ils ont jalonné ma route de chercheuse en littérature. Ses travaux, plusieurs fois récompensés, resteront pour nous toutes et tous des référents indispensables.
J’aimais son écriture généreuse et fine qui mettait si bien en lumière son objet d’étude. Il a écrit sur Jules Verne des pages magnifiques ! J’aimais aussi son attention aux rêves et aux aspirations des enfants du monde entier que ses travaux sur la mondialisation de la littérature de jeunesse ont su révéler à travers l’étude des ouvrages qui leur étaient destinés. C’était un grand-père aimant qui a dédié l’un de ses premiers ouvrages pour la jeunesse à son petit-fils. Un recueil intime et empreint d’une délicate poésie qui le caractérisait tout entier.
La nouvelle que j’ai apprise de son départ m’attriste énormément. Pour faire mémoire de lui, on nous demande d’évoquer un souvenir qui nous a particulièrement marqué. J’aimerais citer le début de la préface qu’il a généreusement accepté d’écrire lors de la publication de ma thèse en 2004. En soulignant nettement la voie personnelle dans laquelle je m’étais engagée sans en avoir parfaitement conscience, tant on est parfois mauvais juge de ce que l’on écrit, il m’a considérablement aidée à m’affirmer en poursuivant une aventure que j’avais souvent été tentée d’interrompre. Je lui dois la suite de ma carrière et bien plus :
« Critique et au-delà des lettres
La littérature se fonde sur l’originalité d’une écriture qui plonge ses racines dans la langue et la transcende dans un propos unique. Telle est l’assurance que Danièle Henky, à travers l’étude de quelques œuvres majeure du vingtième siècle, confirme, illustre et célèbre « dans tous les sens et littéralement », avec l’assurance que confère une excellente maîtrise de la théorie et des méthodes d’analyse. Ces écrivains sont choisis dans la complicité des affinités électives et dans le détour des rencontres, par lesquelles la critique projette ses propres interrogations sur les secrets de la création. Emportant le lecteur au long d’un labyrinthe qui n’a pour but que l’émergence vers la lumière d’un style propre à éblouir ce lecteur que chaque écrivain imagine, à sa manière, comme un « enfant merveilleux » : l’enfant d’un consensus culturel fondé non pas sur la raison, mais sur la logique des relations affectives[1]. »
Au revoir, Monsieur Jean Perrot, vous me manquerez beaucoup. Je ne vous oublierai pas et je vous remercie du fond du cœur pour tout ce que vous avez fait pour moi, pour nous toutes et tous ! Avec ma très affectueuse reconnaissance et ma fidèle amitié,
Danièle Henky
[1] Jean Perrot, Préface à L’Art de la fugue en littérature de jeunesse, « Recherches en littérature et spiritualité », Vol. 5, Berne, Berlin, Bruxelles, Peter Lang, 2004, p. XVII.
Le témoignage de Christiane Connan-Pintado
En souvenir de Jean Perrot
Parmi les innombrables qualités humaines et intellectuelles de Jean, l’une d’elles mérite attention car elle illustre ces deux adjectifs : je pense à sa curiosité et sa générosité à l’égard des recherches menées par les autres et tout particulièrement par les jeunes chercheurs. En dépit de sa notoriété nationale et internationale, il ne considérait pas le champ du livre de jeunesse comme un pré carré réservé à quelques initiés, se montrait attentif au développement des recherches en ce domaine et il a proposé à plusieurs reprises des bilans d’étape pour saluer les avancées de ces travaux. Soucieux d’actualiser son propre travail, il publie en 2011 Du jeu, des enfants et des livres à l’heure de la mondialisation (Éditions du Cercle de la Librairie), une refonte et actualisation de son premier ouvrage critique sur la littérature pour la jeunesse, paru en 1987 chez le même éditeur (Du jeu, des enfants et des livres). Riche d’une centaine de pages supplémentaires, le nouvel ouvrage s’ouvre sur un long chapitre intitulé « État des lieux : la recherche sur la littérature de jeunesse en ce début de millénaire » (p. 23-93) dans lequel il fait le point sur le développement de la critique contemporaine pour mettre en perspective la diversité des recherches menées autour de l’objet d’étude qui, grâce à lui, a trouvé la légitimité qui lui manquait.
C’est un privilège d’avoir eu l’honneur et le bonheur de le connaître, d’avoir bénéficié de son hospitalité et de sa conversation. Aujourd’hui, sur les rayons de ma bibliothèque, parfois amicalement dédicacés, ses livres veillent, comme ceux de Bergotte dans les vitrines des librairies après sa mort, ces livres qui continueront d’inspirer, de nourrir et de faire entendre sa voix.
Christiane Connan-Pintado, maîtresse de conférences HDR émérite
Une rencontre sous le signe des papillons – par Marianna Missiou
Il y a bien longtemps de cela, à Rhodes, alors que je me lançais dans le tout premier programme de master II en littérature jeunesse en Grèce, dirigé par professeure Alexandra Zervou, j’ai eu la chance d’une rencontre fortuite avec le professeur Jean Perrot, qui avait été invité à donner une conférence. Je me souviens encore du moment où il est entré dans la salle, son allure distinguée, très française, captivant immédiatement l’attention de l’auditoire. Il avait choisi comme sujet de sa conférence quelque chose d’inattendu pour nous tous, et de poétique : les papillons dans la littérature pour enfants. Je me souviens de la façon dont il parvenait à tisser des liens entre les histoires et les fragiles créatures qu’étaient les papillons. Ses paroles étaient comme des ailes colorées, nous transportant dans un monde où chaque battement de papillon était chargé de sens et de symbolisme. J’étais très impressionnée à l’époque d’apprendre l’impact des papillons dans la littérature et jamais je n’aurais imaginé que ces êtres délicats puissent susciter autant de réflexions.
Après la conférence, la professeure Zervou nous avait conviés à partager un repas dans un restaurant. C’est là que j’ai eu l’occasion de discuter avec le professeur Perrot. Malgré sa renommée internationale, il était d’une humilité et d’une bienveillance désarmantes. Sa passion pour son domaine était palpable dans chacune de ses paroles, mais c’était surtout sa gentillesse et son soutien envers une jeune étudiante naïve comme moi qui m’avaient profondément touchée. Cette rencontre avec le professeur Perrot avait non seulement élargi mes horizons académiques, mais elle m’avait également enseigné une leçon précieuse : dans le monde de la littérature, même les plus simples créatures peuvent revêtir une signification profonde et inspirante.
Marianna Missiou, université d’Égée
Ce visage-là de la recherche – selon Esther Laso
Depuis que Jean Perrot nous a quittés j’ai eu l’occasion d’observer à travers les hommages publiés et des conversations entre collègues que nous sommes plusieurs à avoir bénéficié de son accueil bienveillant dans le monde de la recherche, de sa disponibilité et de sa gentillesse. Le monde de la recherche peut parfois dérouter par la violence et la futilité des égos qui s’y expriment. Jean Perrot aura été pour moi l’incarnation du visage aimable d’une recherche faite d’ouverture, de curiosité, de passion, de persévérance dans le travail, de plaisir, d’entraide, de partage, de rencontres. C’est sans aucun doute ce visage, son visage, qui m’ont encouragée dans la recherche. Merci, Monsieur Perrot.
Esther Laso, Universidad de Alcalà (UAH – Madrid)