Atelier d’écriture de David Dumortier

En 2020-2021, l’écrivain David Dumortier mène un atelier d’écriture dans les locaux de l’Institut. 

Tarifs, dates et informations pour l’inscription dans le document joint. 

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Présentation de l’écrivain :

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Séance du 26 septembre 2020 : « Là, lis tes ratures ! »

Atelier d’écriture : « Là, lis tes ratures ! » selon David Dumortier 

Ce samedi 26 septembre 2020, nous étions une quinzaine de participant.e.s dans la grande et belle salle de l’Institut International Charles Perrault pour la première séance de l’atelier d’écriture, animée par David Dumortier, poète, écrivain et inventeur. 

Après une présentation-lecture de l’auteur et un tour de table des membres du groupe, nous avons lu quelques extraits de textes pour trouver l’inspiration, ce que David appelle la “revue.” Au programme du jour, “Prendre corps” de Ghérasim Lucas (chanté par Arthur H), “Walcourt” de Verlaine, et autres poèmes sans verbes !

Après une petite pause-café, il est l’heure d’écrire. L’exercice du jour consiste, à l’instar de ces poèmes, de mettre en vers le visage d’un personnage sans utiliser de verbes, en prenant le temps de décrire chaque détail. Nous sommes guidés par notre “magasin de mots”, liste de mots en rapport avec le visage que nous avons établie ensemble, et les conseils de David qui passe entre les tables. Lieux communs et métaphores faciles sont proscrits. Tout le monde s’est prêté au jeu et a pu lire son texte devant le groupe.

Un grand merci à David Dumortier pour ce premier atelier, ainsi qu’à nos auteurs pour leur présence et leur enthousiasme ! Nous espérons vous retrouver aussi nombreux pour notre prochaine séance, le 10 octobre.

Charlotte Guillon-Legeay 

Nota Bene : deux jeunes apprentis écrivains, Morgan et Maxime, intègreront l’atelier à partir de la séance du 10 octobre. David Dumortier les guidera au fil des séances vers la conduite d’atelier, dans le cadre du partenariat de l’Institut Perrault avec le master de création littéraire de CY Cergy paris Université. Merci beaucoup de leur réserver un bon accueil !

Séance du 10 octobre 2020 : “L’atelier d’écriture, c’est pour se tromper.”

Séance du 10 octobre : “L’atelier d’écriture, c’est pour se tromper.”

Lors de cette deuxième séance, notre groupe accueille de nouvelles recrues, notamment Morgan et Maxime, en master de création littéraire à l’université de Cergy, venu.es en stage d’observation à l’atelier. 

Une fois tout le monde installé, David Dumortier annonce que nous allons travailler sur la technique de style dite de l’hybridation, ou rapport d’annexion en littérature arabe. Il s’agit d’utiliser la préposition “de” ou encore le tiret “-“ entre deux mots bien différents, et ce afin de créer une nouvelle expression poétique. 

Lors de la revue de textes, David Dumortier fait voyager le groupe, des poètes amérindiens aux chamans de Sibérie en passant par Jean-Marie Kerwich (L’évangile du gitan) et le Chili du poète Pablo Neruda. S’ensuit notre petit exercice du magasin de mots, où il s’agit de trouver des termes en rapport avec les fleurs et la nuit. Tige d’étoiles filantes, champ de constellations… c’est ce que nous devons trouver aujourd’hui.

L’exercice du jour est de parler de soi, en utilisant la technique d’hybridation. David explique à nos étudiants que près d’un tiers de la séance est consacrée au travail personnel. “Ils écrivent beaucoup, prévient-il en parlant du reste du groupe. C’est des guerriers.”

Il peut être difficile de parler de soi, d’où quelques réticences au début de l’exercice. L’écrivain nous rappelle que nous sommes là pour essayer et aussi pour nous tromper. Au final, le résultat en vaut réellement la peine, car les textes produits sont très bons. 

Merci à tous nos participants d’avoir lu devant le reste du groupe ! Nous espérons vous retrouver aussi nombreux.ses à notre prochaine séance, le 24 octobre.

Séance du 7 novembre 2020 : “N’ayez pas peur d’être ridicules !”

Reconfinement oblige, cette troisième séance a lieu sur Zoom. Nous sommes nombreux et très motivés pour écrire ! Une fois tous connectés, David Dumortier attaque dans le vif du sujet : notre atelier du jour porte sur “les satellites du verbe”, autrement dit les verbes et tous ses dérivatifs : à partir du verbe “écrire”, nous obtenons écrivain, écrivant, écriture, l’écrit…

David nous donne deux textes en exemple. D’abord, La lettre d’amourde Karl Valentin, qui fait beaucoup sourire : “Pourquoi, depuis si longtemps, ne m’as-tu pas écrit, alors que, récemment tu m’as écrit que tu m’écrirais si je n’écrivais pas.” Ensuite, nous passons au poème “Soir d’hiver” du poète canadien Emile Nelligan.

La consigne est la suivante : écrivez une lettre d’amour ou de reproches en utilisant le verbe “pleuvoir” et ses mots-satellites : pluie, pluviosité, pluvieux, parapluie, pluie battante… David nous assure qu’il ne faut pa avoir peur de créer un texte ridicule car, cite-t-il “la peur du ridicule traduit notre peur d’être libre.” Il faut insister sur le comique de répétition et de l’absurde, à l’instar de la lettre de Karl Valentin.

Après ce début rapide, une heure est accordée à l’écriture. La plupart restent connectés, son coupé, afin de garder la possibilité de poser leurs questions à David. Les plus courageux lisent leurs productions par téléphone afin d’avoir un retour, comme en présentiel.

La dernière heure est réservée à la lecture de nos textes. Beaucoup de personnes n’ont pas osé s’aventurer sur le terrain du ridicule, très difficile à atteindre.

Merci à David ainsi qu’à nos douze participants pour leur présence en dépit du contexte, et nous nous retrouvons dans quinze jours pour une autre séance virtuelle.

Séance du 21 novembre 2020 : “On a toujours besoin d’outils pour écrire.”

Séance du 21 novembre : On a toujours besoin d’outils pour écrire.

Nous nous sommes retrouvés pour cette deuxième séance sur Zoom, toujours aussi nombreux et heureux de participer. La revue de textes présentée par David comporte un petit poème de Lorca, un extrait de La Possession du monde de Georges Duhamel, ainsi qu’un poème de Prévert, “Cortège”, qui fait sourire : “Un serpent à café avec un moulin à lunettes / Un chasseur de corde avec un danseur de têtes / Un maréchal d’écume avec une pipe en retraite…”

La séance d’aujourd’hui porte sur la technique des inversions, ou hypallages, qui consiste à déplacer et échanger deux mots dans une phrase afin d’en changer le sens ou le rythme. David nous donne un exemple simple : “Une souris qui courait dans l’herbe verte” devient “Une souris verte qui courait dans l’herbe” (et devient ensuite un escargot, mais c’est une autre histoire.)

Notre consigne du jour est d’écrire un texte, semblable à celui de Duhamel, où nous décrivons un paysage qui nous est cher puis d’en déplacer les mots afin de transformer cette description classique en un texte poétique. Si le ridicule de la dernière séance n’est plus à l’ordre du jour, la difficulté est toujours là, mais l’ensemble du groupe s’en tire bien. Nous avons particulièrement apprécié de pouvoir faire chacun notre petit magasin de mots, qui s’est avéré bien utile pour cet exercice. David Dumortier approuve : “On a toujours besoin d’outils pour écrire!”

Merci pour votre présence et nous nous retrouvons le 12 décembre pour notre prochain atelier.

Séance du 9 janvier 2021 : “Le son prime sur le sens.”

Pour cette première séance de 2021, et dans le souci de respecter les consignes sanitaires actuelles, nous tentons pour la première fois un atelier mixte : un premier groupe s’est rendu sur place à l’Institut ; le second a pu assister à la séance retransmise directement sur Zoom.

La première partie de l’atelier porte sur des chansons et des slams : de la célèbre Javanaise de Gainsbourg, nous retrouvons “Le temps qui reste” chanté par Reggiani, du Léon Gontran-Damas, pour enfin découvrir un texte du slameur contemporain Thomas Suel. C’est donc une séance sur l’oralité poétique que nous propose David Dumortier : refrains de chansons, répétitions, assonnances, allitérations… comment jouer sur la proximité sonore entre deux mots ? Comment créer du rythme et de la vibration en poésie ?

L’exercice du jour est donc le suivant : écrire un poème-slam sur un « lieu infernal », réel ou imaginaire. La clé est de répéter chaque son afin de créer du rythme.

Les textes récités, tant en présentiel que par écrans interposés, explorent des lieux variés et intimes, propres à chaque participant-e : un jardin d’enfance où l’on s’ennuie, la maison près d’une gare de triage pendant la guerre, le métro parisien… ou l’enfer des marteaux-piqueurs pendant des travaux de rénovation !

Merci à tous et à toutes pour votre présence assidue et à bientôt pour notre prochaine séance.

(Poème de Thomas Suel, [sol])

Séance du 23 janvier 2021 : « Investir les noms de lieux »

Pour cette séance-ci, également en formule “mixte” (un petit groupe en présentiel d’un côté, un groupe qui suit l’atelier sur Zoom de l’autre), c’est Maxime B., étudiant stagiaire en master de Création Littéraire à l’université Paris Cergy, qui nous présente son atelier.

Nous travaillons sur un poème de Victor Hugo (“Alors dans Besançon, vieille ville espagnole…”), des lignes de Châteaubriand à Jérusalem, les Poèmes à Loud’Apollinaire, sur l’incipit du roman La gloire de mon pèrede Marcel Pagnol… et sur Le guide du routardbelge ! La séance porte en effet sur les toponymes, les noms de lieux, et sur les différentes manières d’y ajouter de l’expressivité, une portée littéraire ou sentimentale.

Ainsi, à partir du poème “Le ciel est étoilé” d’Apollinaire (“Puissè-je t’oublier mon pauvre amour de Nîmes / J’ai tout mangé l’orange et la peau qui l’entoure.” etc.), nous devons écrire un texte de quelques paragraphes à partir d’un nom de lieu, en ayant recours aux différentes techniques d’écriture que nous avons apprises au cours de l’année.

Les lieux choisis par nos participant.es sont variés : Césarée, un petit village en Grèce, la Pierre Turquaise dans le Val-d’Oise, le passage Jouffroy à Paris, Hirson dans les Hauts-de-France, la forêt de Brocéliande… cette séance nous emmène ailleurs, à défaut de pouvoir voyager en vrai.

Merci à Maxime pour cet atelier et nous nous retrouvons dès ce samedi pour le suivant.

Ce n’est donc pas une montagne, mais ce n’est plus une colline : c’est Garlaban…”

Séance du 29 janvier 2021 : “Le clown rate toujours sa cible.”

Pour cette troisième séance de janvier, David Dumortier est de retour pour nous proposer un exercice d’écriture sur le clown. Il nous fait découvrir des textes du clown québécois Sol, dit Marc Favreau (La rétrovision) et de Jean Tardieu.

Cet atelier est une synthèse de tout ce que nous avons appris au cours de ces derniers mois, car l’exercice du jour nous demande d’utiliser toutes les techniques que nous avons vues précédemment : les hypallages, les métaphores, les phrases sans verbes, les répétitions…

Nous devons écrire un monologue de clown qui exerce un métier mais rêve d’en faire un autre, un peu à la Claude Dubois dans Starmania. Tout doit être mis à contribution : les jeux de mots, les accessoires utilisés par le clown, le comique de répétition… nous pouvons même dessiner notre clown pour mieux le visualiser avant de passer à l’écriture.

Au fil des lectures à voix haute, nous découvrons un boulanger qui rêve d’être cow-boy, un curé qui décide de devenir coiffeur, un mécanicien qui se prend pour un docteur et bien d’autres. David Dumortier nous fait rire avec son clown charcutier qui rêve de côtes… de port !

La semaine prochaine, c’est Morgan, étudiante en master d’écriture, qui animera la séance.

Sol, La rétrovision (1972)

Séance du 6 février 2021 : “La cruauté participe à la qualité du texte” (Artaud)

Cette séance est animée par Morgan, étudiante en master de création littéraire venue en stage à l’Institut, qui prépare un mémoire sur les transfuges de classe en littérature. Elle a choisi de nous faire travailler sur les techniques permettant de créer une  tension narrative, c’est-à-dire du suspense : comment créer une scène mystérieuse, faire monter la tension, donner envie au lecteur de savoir la suite de l’histoire ?

En début d’atelier, nous étudions deux extraits de roman : Le motif dans le tapis d’Henry James et Désintégration d’Emmanuelle Richard. Morgan aborde les différentes techniques pour créer une tension dans le récit : l’effet de surprise, le mystère, le retournement de situation…

Ensuite, il nous faut écrire. Pour la première fois depuis le début de l’atelier, il n’y a pas une, mais trois consignes d’écriture au choix : soit écrire une scène surprenante/captivante qui nous est arrivée ; soit imaginer une petite histoire à suspens, fictionnelle cette fois-ci ; et enfin, réécrire la scène de « Désintégration » en changeant des éléments de notre choix (imaginer la suite, inverser les rôles des personnages…) Quel que soit l’exercice choisi, l’objectif est de maintenir l’effet de suspense jusqu’au bout.

Les participants ont créé des textes remarquables d’inventivité (entre autres : une rencontre inquiétante à Gare du Nord, un secret de famille révélé dans une lettre, un week-end en camping qui tourne au désastre) qui donnent envie d’en lire plus.

Tout le monde a remercié Morgan pour cette séance ; nous nous donnons rendez-vous le 6 mars pour le prochain atelier. En présentiel ou pas ? Suspense…

Séance du 6 mars 2021 : “L’écriture, c’est un dessin”

Ce samedi-là, David Dumortier nous fait travailler sur la forme des mots : le “Sss” dans le mot serpent, les deux “L” du papillon, et les fleurs que l’on peut déposer dans le “V” du vase… A titre d’exemple, nous redécouvrons des textes de Francis Ponge, Apollinaire, Barthes ou Queneau :

“Le mot O I S E A U : il contient toutes les voyelles. Très bien, j’approuve.
Mais, à la place de l’S, comme seule  consonne, j’aurais préféré l’L de l’aile : OILEAU,
ou le V du bréchet,  le V des ailes déployées, le V d’avis : OIVEAU.”

Notes prise pour un oiseau, Francis Ponge

Pour ce premier exercice nous devons, sur le modèle de Barthes ou de Ponge, décrire un mot en jouant sur la forme des lettres ou sur le son du mot, et en faire un texte poétique. Nous avons une demie-heure d’écriture avant de passer aux lectures : Ariane nous offre un très joli texte sur la gommequi efface la sommedes mots de l’homme; Pascale et Morgan, un poème sur les pics du hérisson ; Simone, sur l’étirement du “chaaaat”… et bien d’autres encore !

Ensuite, nous partons du poème “L’ouïe fine” de Queneau :  “Les poissons parlent quel charivari / On ouvre les ouïes pour entendre / Leurs discours océaniens / On n’entend rien / Il faut avoir l’oreille maritime…” A partir de ce modèle, nous devons composer un poème sur le thème de l’infiniment grand (la mer) dans l’infiniment petit (une branchie de poisson.) Les propositions sont variées, tantôt drôles, tantôt émouvantes : un fond de porte-monnaie, un coquillage, un jabot d’abeille ou un cou de bébé…

Notre prochain atelier aura lieu pendant le salon du livre de jeunesse D’Eaubonne, le 27 mars. Vous pouvez retrouver toutes les informations autour du salon sur le site Sortir à Eaubonne.

Retrouvez également les dernières publications de David Dumortier :

A très bientôt !

Séance du 5 juin 2021 : « Le but, c’est de ne pas être aimé »

Après une longue absence due au confinement et au report du salon du livre d’Eaubonne, notre petit groupe se retrouve enfin sur Zoom et dans les locaux de l’Institut, en formule mixte, pour notre avant-dernière séance.

Notre atelier du jour est sous le signe de l’indéfendable. Nous passons en revue les textes d’auteurs les plus controversés : l’éloge du vol de Jean Genet, Léon Bloy, Tony Duvert, Jean Giono et son hymne à la famine… Pour citer Frantz Fanon, également présent dans la revue de textes du jour, « Il s’agit d’aller à l’extrême. »

Aujourd’hui, notre groupe doit travailler sur cette fascination du mal, et proposer un texte « indéfendable » soit en encensant ce qui est immoral, soit en critiquant ce qui est considéré comme étant beau ou vertueux. On peut haïr les médecins, les fleurs ou les congés payés, ou au contraire adorer les huissiers de justice ou les sectes… Tout est (presque) permis !

« Le but, c’est de ne pas être aimé. » explique David. « Il faut que tout le monde vous déteste après avoir écouté votre texte. »

Le pari est réussi ; nous écoutons une éloge du meurtre, un gynécologue voyeuriste, un médecin incompétent, un riche qui déteste les mendiants, un parent qui déteste les enfants… Les textes font rire et grincer des dents en même temps.

Nous nous retrouvons dans quinze jours pour un thème un peu plus léger. Cette séance viendra clôturer cet atelier 2020-2021. Elle sera suivie par un spectacle de David Dumortier dans le cadre d’Eaubonne en Fête, à 15h30 au Parc du Val Joli (dès 7 ans).

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