L’enterrement de Papigène
Autrice & illustratrice : Esther Bacot
Date de publication : mars 2025
Tranche d’âge : Dès 5 ans
Nombre de pages : 40 pages
Mots clés : mort, deuil, humour, fleurs, guerre, papi, grand-parent
L’enterrement de Papigène, écrit et illustré par Esther Bacot, est un album jeunesse d’une grande délicatesse qui explore l’expérience du deuil à hauteur d’enfant. Le narrateur, un petit garçon, découvre que son grand-père, Papigène, est mort. Autour de lui, les adultes parlent à demi-mots : « Elles m’ont dit que Papigène était parti au ciel et qu’on le reverrait là-haut. » Cette phrase, qui se veut rassurante, ne fait qu’ajouter à la confusion du jeune
narrateur, qui tente de comprendre ce que signifie vraiment « partir » quand on ne revient pas, ce que veut dire « être mort » quand on continue à vivre dans les souvenirs des autres.
L’album décrit avec subtilité la cérémonie de l’enterrement, perçue à travers un regard enfantin à la fois curieux, sincère et légèrement décalé. Le texte oscille entre naïveté, poésie et ironie douce : les adultes semblent maladroits, dépassés par la situation, tandis que l’enfant, lui, cherche du sens avec ses propres mots. Ce décalage donne naissance à un humour discret mais puissant, qui permet d’aborder un sujet difficile sans pathos ni lourdeur. Les illustrations, aux tons doux et feutrés, accompagnent cette ambiance mi-grave, mi-légère, en jouant sur des compositions expressives, parfois exagérées, qui soulignent le mélange de tristesse, d’incompréhension et de drôlerie qui entoure cet événement.
Mais L’enterrement de Papigène ne se limite pas à parler de la mort : il évoque aussi la mémoire, le souvenir, et le poids de l’histoire. Lors de la cérémonie, les amis de Papigène, des anciens, visiblement marqués par une vie passée, se rappellent de Papigène. On comprend que Papigène s’appelait en réalité Eugène, qu’il était un homme doux, affectueux, un amoureux des fleurs, mais aussi, de façon plus discrète, un homme ayant connu la guerre. Les anciens compagnons d’Eugène partagent des souvenirs, évoquent ses gestes tendres, ses silences pleins, et cette guerre à Saigon dont on ne dit pas tout mais qui plane en arrière-plan. C’est ainsi que l’album parvient à évoquer, en creux, la transmission d’une mémoire collective, celle d’une génération qui s’éteint.
Le petit garçon, quant à lui, retient que Papigène aimait les fleurs. Et il se rassure à l’idée qu’au cimetière, son grand-père sera justement entouré de fleurs. Cette image forte, la douceur des fleurs contre la dureté de la mort, conclut le récit sur une note d’apaisement et de continuité. L’album ne cherche pas à expliquer la mort, mais à en faire ressentir l’étrangeté, la douleur, et parfois même la beauté fragile. Par son écriture sensible et ses illustrations tendres, Esther Bacot signe un album profond, à la portée des enfants mais riche de plusieurs niveaux de lecture. Il permet d’ouvrir le dialogue, non seulement sur la perte, mais aussi sur le souvenir, les liens intergénérationnels, et la manière dont les enfants peuvent se construire une image du monde à partir des gestes, des paroles, et de la mémoire des autres.
