Autrice : Rolande Causse-Gibel
Illustrateur : Gilles Rapaport
Date de sortie : 22 mars 2024
Tranche d’âge : Dès 10 ans
Nombre de pages : 80 pages
Mots clés : mémoire, seconde guerre mondiale, déportation, enfants, juif, sensibilité
Rolande Causse Gibel, dans Les enfants d’Izieu, entreprend un travail de mémoire poignant en hommage aux quarante-quatre enfants juifs et aux sept adultes raflés le 6 avril 1944 dans la colonie d’Izieu, puis déportés vers Auschwitz. Ce livre, à la fois documentaire et poétique, n’est pas qu’un simple récit des faits : il est une tentative de faire résonner les voix disparues, de préserver l’empreinte laissée par ces enfants au cœur du silence imposé par la Shoah.
Le texte de Rolande Causse Gibel est ciselé, dépouillé de tout ornement, mais porté par une poésie tragique qui transcende le témoignage brut. La maison d’Izieu, désormais vide, devient un personnage à part entière, hantée par les rires éteints et les jeux interrompus. L’autrice joue sur les rythmes, les ruptures, et le silence qui suit les mots, comme pour faire ressentir l’absence :
La maison vide
L’ombre de ses voix
La maison respire encore de ses quarante-quatre enfants
Kidnappés
De ses sept adultes arrêtés
Ces vers courts, scandés comme une litanie, font entendre ce qui n’est plus. La poésie devient un instrument de mémoire, un souffle pour maintenir en vie ceux dont le destin a été brisé. La simplicité de la langue n’enlève rien à sa puissance : elle coupe, elle saisit, elle bouleverse.
Les illustrations de Gilles Rapaport viennent renforcer cette sensation de vide et de douleur. Son trait, à la fois épuré et intense, oscille entre l’évocation et l’effacement. Il ne cherche pas à représenter les visages de ces enfants, mais plutôt leur absence : des silhouettes, des ombres, des traces. Ce choix artistique évite tout sensationnalisme et inscrit le livre dans une forme de respect pudique et de dignité.
Loin d’un réalisme illustratif, les images de Rapaport dialoguent avec le texte dans une économie de moyens qui dit l’essentiel. Elles rappellent, par leur sobriété, les croquis d’artistes témoins de la Shoah, ceux qui ont tenté de saisir l’indicible dans la ligne d’un crayon.
À travers Les enfants d’Izieu, Rolande Causse Gibel fait œuvre de transmission. Ce livre s’adresse autant aux adultes qu’aux jeunes lecteurs, leur permettant d’appréhender la Shoah non par des chiffres, mais par des visages, des souvenirs, des éclats de vie anéantis.
Léa Feldblum, seule survivante de la déportation des enfants d’Izieu, disait :
« Jamais ne pourra s’effacer du cœur d’une femme le visage anxieux des enfants innocents qui n’ont jamais revu le pays où ils s’amusaient si bien. »
Ce livre est une réponse à cette douleur inexprimable : il garde vivant le souvenir de ces enfants qui jouaient, rêvaient, souriaient, avant d’être arrachés à leur refuge. Il fait de la maison d’Izieu un lieu de mémoire où l’on peut encore entendre, en filigrane, le murmure de leurs voix.
Un livre bouleversant, essentiel, pour que jamais l’oubli ne recouvre l’histoire.
